the real McKay : plus qu'un pitre

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the real McKay : plus qu'un pitre

Messagepar casseur » Dim 3 Avr 2016 09:23

Nous avions parlé il y a fort longtemps de "The Other Guys" (http://www.scienezma.com/DC/the_other_guys).

Puis dans le topic nanars on avait évoqué "Anchorman 1&2"

casseur a écrit:Note que Adam McKay ne sortait pas tout à fait de nulle part. Il avait déjà réalisé avant d'autres films hilarants comme "Anchorman" en 2004 (produit par Apatow à la bonne époque) sur le milieu des présentateurs TV. On peut pas dire que ça vaille grand chose au niveau mise en scène mais les gags sont bien trouvés et le milieu de la TV ainsi que les codes hollywoodiens sont bien dégommés (excellente baston de rue entre présentateurs concurrents, à la "Gangs of New York"). C'est beaucoup plus sympa et moins puant que la comédie Morning Glory dont il était aussi question à une époque sur le site. Il semble qu'il y ait une suite de "Anchorman" prévue pour cette fin d'année.


Notebad a écrit:Bonjour casseur,

Du coup j'ai téléchargé et regardé Anchorman et ça m'a pas semblé formidable, à l'exception de quelques passages. Il y a quelques gags rigolos mais comme tu dis, niveau mise en scène, ça casse pas des briques. J'ai eu l'impression de voir un vieux film des ZAZ, beaucoup de gags m'ont paru bien réchauffés.


Notebad a écrit:La suite d'Anchorman sortie il y a peu est encore pire que le premier. Avant même de regarder le film, sa durée laissait supposer le pire. En effet, comment imaginer McKay et Ferrell capables de maintenir le rythme et l'humour pendant presque deux heures durant sans que ça retombe comme un gros soufflé au bout d'une heure ?!, c'est malheureusement ce qui arrive. On est dans la redite du premier, en pilotage automatique. Ca fait pas rire du tout (concours de blagues racistes et misogynes), et la mise en scène est sans aucune imagination (loin de The Other guys qui avait quand même un certain panache à vouloir jouer sans complexe dans la cour des grands du cinéma d'action).


Il me semble que son film de l'an dernier, "The Big Short", relance un peu le cinéaste après une suite de "Anchorman" qui était effectivement pas fameuse et pas inspirée. McKay prend des risques en ne rejouant pas la grosse farce de fiction bouffonne habituelle mais en cherchant plutôt à faire acte de pédagogie "documentaire" à propos de la crise des subprimes de 2008. L'humour est finalement présent dans l'absurdité délirante de l'ensemble du truc qui est, dans le film, pris très au sérieux. Un des types du fond d'investissement demande à la responsable d'une agence de cotation si elle a 4 ans pour nier à ce point ses responsabilités, l'autre lui répond qu'il est hypocrite car il lui dit cela dans la mesure où il a des intérêts à défendre : on se croirait là en effet dans une cour de récréation, ou dans un autre film de McKay plein de personnages un peu puérils - sauf que là le cinéaste est censé nous décrire la réalité et les gens qui gèrent notre argent.

Comme le dit une voix-off au début du film, Wall Street raffole du jargon incompréhensible pour détourner le commun des mortels de ces magouilles. Et, malgré tous les efforts louables de McKay pour nous expliquer les choses, il faut bien avouer qu'on reste quand même souvent sur la touche de ces agencements creux mais vertigineux, preuve que cela recommencera (avec un nom différent, comme l'annonce clairement la fin du film).

Par ailleurs, plutôt que de faire un film trop manichéen, McKay s'intéresse essentiellement aux rouages intérieurs du système. Pas de confrontation ouverte entre l'extérieur et l'intérieur (post-crise), c'est à l'intérieur même, avant la crise, que circule la découverte des aberrations (voire l'effarement), et cette découverte des irrégularités est elle-même source de profits, très vite intégrée au système. McKay met également à jour cette capacité totalement cynique de la finance à absorber ses propres monstruosités pour en engendrer toujours d'autres (en cela aidée par les Etats et les médias muets) et ne jamais finir dans l'impasse. Il fallait la bigarrure du film de McKay (un enchaînement composite de séquences parfois à la limite du nauséeux, mais qui représente bien le grand milk-shake capitaliste dans lequel tout se vaut) pour décrire ce monstre qui de temps en temps se mord la queue en faisant mordre la poussière à des millions de gens.
casseur
 

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