Guérison par le western

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Guérison par le western

Messagepar Roland » Mar 23 Jan 2018 18:51

Lors des périodes de crise, j'ai remarqué que le cinéma de genre et plus particulièrement le western était le plus indiqué à ouvrir une fenêtre qui laissait passer de l'air dans mon cerveau comprimé.
Sans doute, est-ce ainsi, car mes plus anciens souvenirs de cinéma remontent à mes 14 ans et qu’en cachette de l’autorité parentale, je découvrais la Dernière séance présentée par Eddy Mitchell (Ne vous moquez pas !) pour y découvrir des œuvres d’André de Toth, Ford, Walsh, Delmer Daves…entrecoupées par un Tex Avery…et la crainte que mes parents aient fini de manger et ressurgissent…
Bref, hier j’ai regardé un film de Jacques Tourneur « Le passage du Canyon » qui est un de mes réalisateurs fétiches et qui m’intéresse jusque dans ses œuvres « mineures ».
Ce qui est beau dans les grands westerns c’est qu’ils fonctionnent comme des sortes de tragédies grecques simplifiées et qu’ils représentent les combats archétypaux : La liberté VS le foyer, La loi VS La justice, la culture des pionniers VS l’étranger indien, les traditions villageoises VS l’arrivée de la civilisation.
Et que sur ces thèmes se brodent des histoires fictives où les personnages représentent des positionnements auxquels ils se tiennent mais qui leur échappent souvent.
Ici dans le film de Tourneur, on trouve également une légère dimension amoureuse qui n’aurait pas déplu à Marivaux. Et il y a tout un subtil chassé-croisé amoureux, ce qui est très rare dans le western où la dimension féminine est quasiment nulle, et où la femme est presque toujours une poupée en robe qui reste à la maison, patiemment dans l’attente qu’un homme à cheval surgisse.
Bref. Ici, on suit les aventures de Logan, un cowboy solitaire, ambitieux, travailleur qui cherche à concilier ses rêves d’évasion avec la possibilité d’une vie domestique. Il est un peu raide et au fond, c’est un héros qui ne sait que faire de son héroïsme. Quant à son meilleur ami, un dénommé Camrose, c’est un joueur invétéré, un homme faible mais charmant, corrompu, mais plus délicat.
Le début du film est assez étrange, et j’ai craint de tomber dans du mauvais Technicolor ripoliné, mais le film est beaucoup mieux que ça. Il commence par une longue promenade, ce qui est assez aberrant quand on songe aux contraintes d’Hollywwod qui ne poussaient pas particulièrement les réalisateurs à la flânerie…
Ensuite, l’histoire devient étonnement complexe et chaque ligne de dialogue est soupesée, peu de paroles mais elles sonnent toujours comme venues de l’intérieur des convictions des personnages. Et l’histoire est comme racontée depuis tous les points de vus, chacun ayant sa chance de s’expliquer.
Je recommande vivement, c’est une œuvre oubliée qui mérite qu’on s’y attarde. C’est un film d’action psychologique très surprenant.

PS : Je sais que ça ne se fait pas. Je vous donne l’adresse du site ultime, pour voir des milliers de films, il faut s’inscrire c’est gratuit. https://surrealmoviez.info
Roland
 

Re: Guérison par le western

Messagepar JM » Jeu 25 Jan 2018 14:59

J'ai un peu oublié "Le passage du canyon". J'avais aussi écrit un petit texte sur le film il y a quelques années, il faudrait que je le republie à l'occasion sur scienezma. Je l'ai relu en diagonale et j'ai constaté que j'y liquidais dedans en quelques mots la romance (du moins le final) dont tu parles de façon assez admirative. Il faudra que je revois le film du coup. C'est aussi simplement pour cela qu'on revoit parfois les films, parce qu'on les a en partie oubliés ! ;o) Si je republie le texte sur le site, pourquoi pas publier en supplément ton texte ?

C'est vrai que c'est agréable de revenir au cinéma de genre d'époque de temps en temps. Westerns ou films noirs pour moi... Et Tourneur, bien sûr, le plus grand car le plus surprenant et poétique. Tu auras remarqué que l'une des lettres de la bannière du forum provient du titre d'un de ses films (ainsi que l'une des lettres des rubriques !). Il paraît que cette cinéphilie-là serait en train de disparaître avec ce cinéma-ci, si j'en crois certaines tribunes récentes publiées dans la presse ou sur le net...

Mais il y a également actuellement une mode hollywoodienne stérile et assez fatigante de l'hommage au «cinéma d'avant» (du muet des débuts à la série B des années 50) définitivement muséifié et embaumé dans ces productions très consensuelles qui surlignent maladroitement et de manière trop illustrative les implicites et singularités des films originaux. Ne restent que de grosses machines interminables et mal rythmées, à la réalisation mécanique et laborieuse, que l'on contemple d'un oeil morne comme au chevet d'un proche malade en phase terminale. Je pense aussi bien à des films comme "Wonderstruck" de Todd Haynes, "The Shape of water" de Guillermo del Toro ou "Hail, Caesar!" des frères Coen.
JM
 

Re: Guérison par le western

Messagepar Sword7 » Ven 26 Jan 2018 08:15

JM a écrit:J'ai un peu oublié "Le passage du canyon". J'avais aussi écrit un petit texte sur le film il y a quelques années, il faudrait que je le republie à l'occasion sur scienezma. Je l'ai relu en diagonale et j'ai constaté que j'y liquidais dedans en quelques mots la romance (du moins le final) dont tu parles de façon assez admirative. Il faudra que je revois le film du coup. C'est aussi simplement pour cela qu'on revoit parfois les films, parce qu'on les a en partie oubliés ! ;o) Si je republie le texte sur le site, pourquoi pas publier en supplément ton texte ?


Tu devrais déjà publier tous les textes en retard que je t'ai filés sur le cinéma chinois !! :mrgreen:
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Re: Guérison par le western

Messagepar Roland » Sam 27 Jan 2018 03:55

Oui, ça m'intéresserait de lire ton texte sur le film de Tourneur, que je compare ton regard au mien.
Pour la romance, en fait, je l'ai trouvé surprenante car elle fonctionne à deux niveaux et comme dirait Bernard Marie Koltes : La supériorité des films de kung-fu, c'est que c'est eux qui parlent paradoxalement le mieux d'amour tandis que les films d'amour parlent « connement de l'amour, mais en plus, ne parlent pas du tout de kung-fu.
Il suffit de changer "kung fu" par "western" et c'est pratiquement mon avis...
Roland
 

Re: Guérison par le western

Messagepar JM » Sam 27 Jan 2018 15:24

Sword7 a écrit:Tu devrais déjà publier tous les textes en retard que je t'ai filés sur le cinéma chinois !! :mrgreen:


J'ai déjà publié ton texte sur "Destiny" et "Angels Wear White", mais il paraît qu'il y a une boulette dedans. Un copain m'a signalé que Marilyn Monroe n'est pas née dans un trou perdu des USA comme tu l'as écrit, mais à LA. Tu as probablement confondu avec Sharon Stone ! ;) Alors j'attends que tu relises un peu sérieusement tes textes en attente pour corriger tes erreurs avant de continuer à publier !! :twisted:
JM
 

Re: Guérison par le western

Messagepar JM » Sam 27 Jan 2018 15:38

Roland a écrit:Oui, ça m'intéresserait de lire ton texte sur le film de Tourneur, que je compare ton regard au mien.
Pour la romance, en fait, je l'ai trouvé surprenante car elle fonctionne à deux niveaux et comme dirait Bernard Marie Koltes : La supériorité des films de kung-fu, c'est que c'est eux qui parlent paradoxalement le mieux d'amour tandis que les films d'amour parlent « connement de l'amour, mais en plus, ne parlent pas du tout de kung-fu.
Il suffit de changer "kung fu" par "western" et c'est pratiquement mon avis...


Pas mal la citation de Koltes, je connaissais pas. :lol: C'est vrai que certaines productions Kung-Fu de la Shaw Brothers sont particulièrement mélodramatiques. Je regardais l'autre jour "The Assassin" de Chang Cheh et il y a dedans quelques scènes extraordinaires d'amour chevaleresque. On doit aussi éventuellement pouvoir trouver ça totalement cucul.

Voici mon texte sur le Tourneur, qui porte en fait sur une scène très précise du film :

Pommes de discorde

Deux ans avant de faire un saut en Europe afin de filmer "Berlin Express" pour la RKO dans les décombres du Berlin d'après-guerre partagé entre les alliés, Jacques Tourneur tourne un western : "Canyon Passage" (1946). Si le titre du film laisse croire aux spectateurs qu'ils auront le droit à la sempiternelle attaque sur la cavalerie des indiens perchés au sommet du canyon, filmés en contre-plongée, il n'en sera rien : comme à l'accoutumée, Tourneur sait détourner toutes les attentes, pulvériser génialement les stéréotypes des genres qu'il aborde. Plein de malice, le cinéaste va jusqu'à faire raconter cet épisode par un personnage du film plutôt que de le montrer : "l'armée passe le canyon au peigne fin. Ils vont tomber dans une embuscade ou je ne connais pas le style des indiens."

"Canyon Passage" aborde, comme "Berlin Express", le thème du partage de la terre qui était particulièrement d'actualité à l'époque, du découpage de Berlin par les alliés après-guerre au partage de la Palestine pour la création d'un Etat juif par l'ONU en 47.

Tourneur, suggère à plusieurs reprises que la nature est le refuge des indiens, qu'ils habitent naturellement la terre où se déroule le film : qu'on pense à l'apparition de cet indien chevauchant à grande vitesse sur une monture non sellée au cœur de la forêt que Lucy et Mr Stuart observent cachés derrière un buisson, à ces femmes indiennes se baignant dans les eaux limpides d'une rivière ou encore à cet indien si haut perché à la cime d'un grand arbre. Ceci est nécessaire pour approcher, sans hypocrisie dans la représentation, le fait que les colons s'accaparent bien les clairières appartenant aux indiens pour y construire leurs petits nids d'amour. Leur raison est simple : "il faut bien vivre aussi" ainsi que l'affirme un des blancs aux indiens dans cette scène remarquable et très attendue de la rencontre entre la communauté des blancs et celle des indiens.

Comme bien souvent chez Tourneur, le rôle clé de la séquence est donné à un personnage "secondaire", ici le musicien qui aime à flâner dans le village, jouer de la guitare pour occuper son temps. C'est lui qui, perché sur la diligence, observe le premier la présence des indiens en retrait de la fête du mariage, lui qui par bonté d'âme propose d'échanger la jarre de whisky contre un panier de pommes lorsque les indiens demandent l'alcool en contrepartie de la puissance des colons à s'accaparer leurs terres, lui enfin, dont les valeurs humanistes semblent avérées, qui est témoin d'un évènement traduisant la simple apparence de la conciliation finale. C'est souvent là que Tourneur emporte notre adhésion, lorsque l'on croit qu'une séquence est terminée, il y ajoute parfois un petit élément qui vient faire basculer toutes les certitudes que l'on pensait alors acquises avec elle. Ainsi, lorsque un indien s'approche du musicien, et sous ses yeux médusés lui prend sa guitare des mains, il la regarde avec intérêt et d'un seul coup arrache brutalement les cordes puis la laisse tomber à terre avant de se retourner et rejoindre tranquillement les siens dans la forêt. Le paternalisme ne jouera pas.

Cette séquence révèle que Tourneur est loin d'être cet humaniste bon teint qui croit et veut laisser croire qu'on fera passer un lopin de terre volée en échange de quelques pommes. Il sait que celles-ci ne représentent qu'un pis-aller pour les indiens, aucune harmonie (pour employer un terme musical) durable ne peut être trouvée, d'où cette fin de scène, d'où la menace, sous-jacente, permanente, de la présence des indiens tout au long du film.

"Canyon Passage", malgré sa résolution amoureuse en forme de happy-end plutôt ridicule, est un des films de Tourneur les plus sombres que je connaisse. Le réalisateur semble parfois rejoindre, quand on ne s'y attend pas, le point de vue d'un de ses personnages qui "emmerde l'humanité", affirmant que "tout est humide et froid, qu'il n'y a plus de chaleur nulle part."


Dis-moi si tu veux qu'on le publie avec ton texte (éventuellement augmenté).
JM
 

Re: Guérison par le western

Messagepar Roland » Lun 29 Jan 2018 00:53

Quel accueil ! Merci.

Oui, je suis d'accord que tu publies le texte avec l'ajout du tien. Néanmoins, je l'ai écrit comme ça, pour bavarder et non dans l'idée d'une publication. Il faudrait peut-être que je le retouche ou l'approfondisse. C'est pour ce site ou Spectres du cinéma ?
Donc, oui, c'est bien si tu veux prend le texte.
C'est bien payé ? Combien d'euros la ligne ? Ahahah !!!!
Roland
 

Re: Guérison par le western

Messagepar JM » Lun 29 Jan 2018 16:00

Roland a écrit:Quel accueil ! Merci.

Oui, je suis d'accord que tu publies le texte avec l'ajout du tien. Néanmoins, je l'ai écrit comme ça, pour bavarder et non dans l'idée d'une publication. Il faudrait peut-être que je le retouche ou l'approfondisse. C'est pour ce site ou Spectres du cinéma ?
Donc, oui, c'est bien si tu veux prend le texte.
C'est bien payé ? Combien d'euros la ligne ? Ahahah !!!!


Bien sûr, tu peux faire un don de la somme que tu veux pour aider le site à se développer ! :mrgreen:

Ca sera bien sûr publié sur scienezma.com, ectoplasme de spectres du cinéma. Si tu veux tu peux retoucher ton texte (avec ajout éventuel d'illustrations) et me l'envoyer pour la publication à l'adresse yoboay@wanadoo.fr ! 8-)
JM
 

Re: Guérison par le western

Messagepar Roland » Mer 31 Jan 2018 03:51

Il y a une question que je me pose, c'est d'où viennent les membres de ce forum ? Vous êtes des étudiants en cinéma ? Des critiques ? Des amateurs cinéphiles ? Des anciens élèves des Beaux-arts ou de classes de philo qui ont mal tournés ? Une secte ?
Sinon, pour la conversation sur Tourneur, à mon avis, tu peux la publier telle quelle...
Roland
 

Re: Guérison par le western

Messagepar scienezma » Mer 31 Jan 2018 19:18

Roland a écrit:Il y a une question que je me pose, c'est d'où viennent les membres de ce forum ? Vous êtes des étudiants en cinéma ? Des critiques ? Des amateurs cinéphiles ? Des anciens élèves des Beaux-arts ou de classes de philo qui ont mal tournés ? Une secte ?
Sinon, pour la conversation sur Tourneur, à mon avis, tu peux la publier telle quelle...


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