Guiraudie, t'en penses quoi ?

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Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar Notebad » Mer 17 Aoû 2011 18:38

"Le roi de l'évasion", A. Guiraudie

Premier long-métrage du cinéaste que je regarde après deux courts de 2001 qui m'avaient beaucoup plu ("Du soleil pour les gueux" et "Ce vieux rêve qui bouge"). Le premier constat qui me saute aux yeux, c'est qu'il n'y avait pas ici matière à un long mais sans doute plutôt à un nouveau moyen métrage. Beaucoup de longueurs, donc. Le film, à la manière du personnage qui s'épuise en faisant du vélo dans les collines, semble à plusieurs reprises s'essouffler et repartir fatigué pour arriver au plus vite au bout mais sans allure (la partouze finale), en appuyant sur la pédale avec le milieu du dessous de pied, oubliant d'utiliser la pointe. Guiraudie essaye bien de faire des plans, mais ceux-ci sont pour la plupart sans véritable enjeu, ils paraissent répondre avant tout d'une nécessité formelle et non d'un désir d'y faire transiter quelque chose de vital.

Image

Plus gênant, le fonctionnement de la première partie du film (avant l'"évasion") qui fait reposer toutes les péripéties sur des "évènements" dignes du journal de TF1 - et des autres aussi (sic). Tous les thèmes propices au climat d'insécurité et de mal être instillés et montés en épingle par les médias sont là : racket à l'école, tournante, suicide, pédophilie, séquestration… comme c'est le début du film, on se dit que le cinéaste veut peut-être faire quelque chose avec ça, détourner, "désamorcer la bombe médiatique" d'une manière ou d'une autre, mais non (Il s'agit juste d'une série de "kicks" pour maintenir l'attention des spectateurs avant la grande "évasion" hédoniste). Il parait surtout fort mal à l'aise avec son sujet, semble vouloir (faire) approuver certaines choses, et moins d'autres de manière un peu simplette. Pourquoi pas encore, si le film n'enrobait pas le tout dans une fausse cool attitude un peu malhonnête de manière à ne pas passer trop ouvertement pour moraliste.
Notebad
 

Re: Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar JM » Jeu 18 Aoû 2011 23:24

'lo

J'avais écrit à une époque un petit truc sur Du soleil pour les gueux que j'opposais aux Naufragés de la D17 de Moullet, rien de très approfondi :

Deux films en route vers la campagne.

A ma droite, "Les naufragés de la D17", un film de L. Moullet sorti en 2002. Humour gras et raz des pâquerettes, private jokes, fierté de son idiotie et de son courage à se moquer du "réel" (les références débiles à la guerre du Golfe), le film sent le renfermé. Répliques et direction d'acteurs rances, dignes de Zidi. Plaisir gratuit d'humilier ses acteurs (en particulier les femmes) dans des situations inconvenantes. Réalisation, sous prétexte d'être fauchée, à la va-comme-je-te-pousse.

A ma gauche, "Du soleil pour les gueux", un film d'A Guiraudie sorti en 2001. Légèreté, douceur pétillante, implication de l'imagination dans le "réel" et vice-versa pour ce merveilleux conte populaire ouvert sur la liberté. Plans magnifiques, solaires, accompagnant ses personnages, fruit d'un regard très personnel, sur les paysages, sur les personnages. Originalité de ton. Refus de meubler son film avec du n'importe quoi.


Depuis, en feuilletant de vieux numéros des Cahiers (apparemment j'ai la même activité que Chantal en été ;o) ), j'ai découvert un texte dithyrambique de deux pages de Moullet sur ce film de Guiraudie (avec des remarques lourdes comme ses films qui n'appartiennent qu'à lui). J'ai aussi relu dans un autre numéro, un entretien avec Godard dans lequel ce film fait partie d'une petite liste de films vus qu'il a apprécié dernièrement (avec ceux de Moullet).
JM
 

Re: Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar Chantal » Dim 21 Aoû 2011 15:48

JM a écrit: (apparemment j'ai la même activité que Chantal en été ;o) ),.


:D

J'ai terminé cette activité et je suis maintenant passée à la lecture de vieux numéros de Positif. J'ai trouvé il y a quelques jours dans une brocante deux ou trois numéros poussiéreux de Positif qui m'ont paru intéressants. Je suis en train de lire à l'ombre (et en cachette parce que je ne suis pas de l'"école" Positif!) un hors-série avec que des textes de cinéastes qui écrivent sur un autre cinéaste, je vous dirai si il y a des choses biens... ;)
Chantal
 

Re: Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar JM » Mer 7 Sep 2011 16:07

Bonsoir Chantal,

Vous lisez à l'ombre, presque invisible déjà ! ;)
JM
 

Re: Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar El » Ven 16 Sep 2011 15:40

Notebad a écrit:Le premier constat qui me saute aux yeux, c'est qu'il n'y avait pas ici matière à un long mais sans doute plutôt à un nouveau moyen métrage. Beaucoup de longueurs, donc.


salut,

je crois que je vois ce que tu veux dire mais cette idee ne me parle pas beaucoup. je suis plutot de ceux qui pensent qu'il est difficle, voire impossible ,de mesurer "sur le papier" si il y a matiere a faire un long, un court, un moyen metrage.. si c'est un cliche rependu dans le public de penser qu'il faut de la matiere (sous entendu un scenario) solide pour faire un long metrage, s'en est un autre dans des spheres plus averties de penser qu'on peut realiser un tres bon film avec quasiment rien de pose tres defini au depart, et c'est ce cliche la qui est nettement plus a ma convenance. Je regardais l'autre jour l'"enfant cheval" de Makhmalbaf, je pense qu'il doit pas y avoir plus de deux lignes de scenar (on peut meme dire, pour jouer a l'imbecile, qu'elle utilise plusieurs fois les memes images), mais c'est pas moins un tres bon film. c'est juste un exemple parmi des milliers d'autres...j'ai l'impression dans ta note que tu te laisse prendre par la notion de "matiere", qui semble etre par sousentendu tres "ecrite" dans ce que vous dites, et qui pourtant ne constitue bien souvent qu'une part infinitesimale du film, quelque soit sa longueur... mais je suis d'accord avec toi, il n'y a quasiment rien dans ce film de Guiraudie, quelques grains de poussiere tout au plus et c'est deja beaucoup dire, un film vraiment nul comme on dit..
El
 

Re: Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar Notebad » Ven 16 Sep 2011 21:16

Hello El,

Je connais aussi ce très bon film de Makhmalbaf, j'avais fait il y a quelques temps un petit rapprochement de critiques officielles (certes partielles) du film trouvées sur internet (allociné) parce que plusieurs magazines ou journaux (Inrock, Télérama, Positif) semblaient ne pas avoir trop apprécié le film qu'ils trouvaient lourdement démonstratif, malsain ou complaisant.

Le film se passe en Afghanistan et on comprend que visiblement le sale gamin estropié du film a perdu ses deux jambes sur une mine, à cause de la guerre.

Je suis allé voir les critiques de ces mêmes rédactions pour l'abject "Démineurs" de Bigelow et je ne trouve (il est vrai sous d'autre plumes) que critiques élogieuses et commentaires dithyrambiques.. je sais pas pourquoi... j'ai l'impression qu'il s'agit comme d'une histoire de camps, et donc bien d'une guerre..
Notebad
 

Re: Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar Notebad » Dim 25 Oct 2015 07:25

Enfin regardé "L'Inconnu du lac", dont je redoutais un peu le visionnage, comme Godard. Me voilà réconcilié avec Guiraudie !

Le film m'a, dans une certaine mesure, fait penser à "Caprice" de Mouret sorti il y a peu (et qui m'a aussi réconcilié avec son auteur). Les deux fonctionnent un peu sur la même tension amoureuse : un personnage est fasciné par un autre personnage, et ignore l'amour peut-être plus simple et vrai qu'un autre personnage éprouve pour lui. C'est comme chez Proust, le petit Marcel qui découvre qu'en amour l'on n'est jamais avec la bonne personne. Il me semble que le triangle amoureux homosexuel Henri-Frank-Michel du film de Guiraudie fonctionne essentiellement là-dessus, comme le trio hétéro Caprice-Clément-Alicia (à quelques variations près, évidemment), et ça fonctionne plutôt bien dans les deux films, car de cette relation résulte, sous la douceur calme de la mise en scène, un trouble subtil passant entre autres par le comique (burlesque) chez Mouret, et par le thriller chez Guiraudie ("L'inconnu du lac"="L'inconnu du Nord-Express"+"La dame du lac").

Dans ces deux films, dans lesquels d'ailleurs ils jouent un rôle (principal pour Mouret, secondaire pour Guiraudie), les réalisateurs parviennent à trouver un fragile équilibre de point de vue. L'ironie est plutôt une ironie du sort, lente et souterraine, qu'une ironie directement dirigée contre les personnages eux-mêmes. Elle ne vise pas à torpiller d'emblée les personnages de manière surplombante, contrairement au cynisme sinistre de beaucoup de films français récents ("Tristesse Club", "Une petite zone de turbulences"...), mais plutôt à les accompagner (sans basculer du côté du psychologique et du divan - autre travers du cinéma français) dans une meilleure compréhension d'eux-mêmes.

Et si Mouret s'appuie sur le théâtre pour raconter son histoire (de théâtre), Guiraudie, lui, fait appel au conte, à l'imaginaire, comme à son habitude (même si ici il est toujours suggéré et non directement représenté à l'écran, contrairement à d'autres de ses films). C'est le silure géant qui se promène dans le lac, fantasme à la fois séduisant (une queue lisse et géante) et menaçant (peut-il s'attaquer à l'homme), dont tout le monde parle mais que personne n'a jamais vu, qui pourrait éventuellement réveiller les pulsions meurtrières de Michel. Ce sont aussi ces hommes qui "habitent" la plage isolée et la forêt touffue perdue au bord du lac, qui se comportent finalement comme des personnages de contes pour enfants (le loup, l'agneau, le petit cochon...).
Notebad
 

Re: Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar JM » Dim 25 Oct 2015 17:51

Salut Notebad, de retour dans le désert du scienezma ? :lol:

Tu dis Proust, je dirais Sade aussi (et surtout) pour le film de Guiraudie !

Ton rapprochement avec le film de Mouret est intéressant, je n'y avais pas pensé.
JM
 

Re: Guiraudie, t'en penses quoi ?

Messagepar Notebad » Lun 26 Oct 2015 08:47

Hello JM, je en suis jamais parti, j'étais caché dans une oasis ! :roll:

Les deux films ont peut-être aussi un lien avec Hitchcock, et plus particulièrement "Rear Window", il me semble. Dans son rôle de type assez passif, dès le début montré en spectateur de théâtre rivé à son siège, fasciné par Alicia, Clément est moqué par Mouret dans la scène (burlesque et savoureuse) où il l'affuble d'un plâtre et de béquilles. On pense à Stewart emplâtré dans le film d'Hitchcock. C'est un peu la même fascination et la même passivité qui clouent Frank sur place dans le film de Guiraudie, d'abord lorsqu'il est témoin de l'assassinat dans le lac (il se retrouve dans la position du voyeur), puis par la suite lorsqu'il se laisse entraîner par Michel au risque de sa vie. Dans les deux films, on a quasiment des personnages spectateurs de leur propre vie qui leur échappe, au moins en partie.
Notebad
 


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