Capital Hark

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Re: Capital Hark

Messagepar Sword7 » Mar 18 Déc 2012 19:10

JM a écrit:Je voudrais aussi revenir sur la scène où les deux femmes qui se rencontrent pour la première fois tentent de se déshabiller mutuellement (Maggie Cheung finira nue sur le toit de son auberge à chanter au clair de lune, au moment où arrive le héros - amour de l'autre femme - qu'elle accueille roulée dans la bannière de l'auberge). Ce moment me fait penser à ce que dit Cavell de "Bringing Up Baby" (de Hawks) :

Ce processus par lequel ils essayent de se déshabiller mutuellement en public exprime l'effet que l'intérêt d'un être humain suscitera chez un autre, parlons d'une loi de l'attraction, effet qui peut se comprendre aussi bien comme exhibant ce que la réaction d'une personne à une autre a de signifiant, que comme révélant leur vulnérabilité mutuelle à la présence de l'autre. (Nous pouvons y voir la quatrième loi du mouvement, loi des sujets et non pas des objets, qui est une étude essentielle de la caméra).


On ne saurait dire mieux à propos de ce ballet.

Il y a aussi dans les meilleurs films de Hark un côté toons chez les personnages, dans ce qu'ils ont d'équivoque (renforcé par le fréquent brouillage des sexes), suivant l'analyse faite par Agamben de ces petits personnages animés. Citation à suivre...


Montage étonnant si on se souvient de ce que constatait Godard dans "Notre musique" à propos de "His Girl Friday" du même Hawks : dans le champ contre-champ au téléphone, la femme et l'homme sont filmés de manière identique parce que le cinéaste n'est pas capable de voir les différences entre un homme et une femme. Il est de toute façon clair sur l'ensemble de son oeuvre, que les femmes jouent un rôle variable chez Hark. Sa relation aux femmes est complexe, beaucoup plus que chez To par exemple, qui ne se cache pas d'être machiste et qui n'a jamais proposé de rôles intéressants à ses actrices (qui ne sont jamais autres que des fantasmes masculins et/ou des clichés sur pattes). Faudra y revenir, clarifier tout ça...
Sword7
 

Re: Capital Hark

Messagepar JM » Ven 4 Jan 2013 17:05

Salut,

Voici un autre extrait de l'entretien avec Tsui Hark que j'avais commencé de traduire il y a déjà un certain temps...

Tsui Hark a écrit:Maman est une personne exceptionnellement traditionnelle, le matin lisant des prières bouddhistes, le soir également. Elle est pleine de crainte à l'égard des nouvelles technologies. Lorsque j'étudiais aux Etats-Unis et que j'ai appelé pour annoncer mon retour, à peine dit "Allô" elle avait déjà raccroché - elle est persuadée que les appareils équipés de nouvelles technologies représentent tous un grand danger.


J'ai traduit au présent, je ne sais pas si sa mère est encore de ce monde ou pas ! :roll:
JM
 

Re: Capital Hark

Messagepar JM » Ven 16 Aoû 2013 02:57

Sword7 a écrit:J'ai regardé un vieux DVD de Shanghai Blues (Tsui Hark, 1984) acheté dans la rue et j'ai pas tenu jusqu'au bout. Je m'attendais à un film historique mais je suis tombé sur un film histrionique. Comédie pâteuse à base de comique de répétition et de tarte à la crème. Et surtout incessante hystérie féminine insupportable pour les oreilles et les nerfs. Aucune idée de mise en scène, on est probablement dans ce que Tsui Hark a fait de pire. S'il on ne voit que ça, on peut se demander comment le cinéaste a été qualifié de cinéaste "Nouvelle Vague" ?! Il est ici plus proche d'un De Funès.


Je me suis souvenu de ton ancien post, j'ai trouvé ça de Daney sur le film dans La Maison cinéma :

Le plus nostalgique - et le plus réussi - de ces films rétro est sans doute Shanghai Blues, septième film de Tsui Hark, inexplicablement absent de la scène festivalière. TH n'est pas seulement le clone hong-kongais des as du maniérisme international (ceux qui gèrent le mythe Cinéma à l'aide des techniques publicitaires du story-board), il est leur égal et leur contemporain. Avec, même, quelque chose de chaleureux et d'ému qu'ils (disons le Spielberg de 1941 ou le Coppola de One from the Heart) n'ont pas. Talent fou de gagman, sens du trait burlesque, amour des personnages. C'est parce qu'il stylise "à mort" que TH retrouve le blues derrière l'évocation d'un Shanghai de studio et renoue avec l'esprit de la comédie chinoise traditionnelle, celle des studios de Shanghai qui, dans les années 30, imitaient "sous vide" déjà les comédies américaines. Le studio rend hommage au studio.

Le film est une suite inénarrable de "coups". Coups de tête, coups de coeur, coups de bambou et coups de théâtre. Mais nous sommes en 1947 et un autre coup guette : la proclamation de la République populaire de Chine. En attendant, Shanghai s'agite et hésite. La vie y est dure, l'espace vital rare et le rêve de midinette vital. Shanghai, avec son côté comédie italienne (promiscuité, bonne humeur, culture de la survie) et son côté comédie américaine (rivalité copineuse des filles amoureuses du même garçon, petits boulots, grands rêves), a bien sûr quelque chose du HK d'aujourd'hui. TH ne le nie pas. "A la fin pourtant, dit-il, j'ai mis l'accent sur l'histoire d'amour-séparation, retrouvailles, re-séparation. C'est comme HK qui retourne à la Chine. Les sentiments de contradiction, d'hésitation et de mélancolie sont très subtils." Le jeu de miroir continue.

(19 juillet 85, Libé)


Pour voir le film différemment ? Sans avoir vu "Shanghai Blues", j'ai quand même l'impression que le texte de Daney est assez faible. Ca fait bizarre de le voir défendre le cinéma de studio quand il est chinois, le Shanghai d'avant 47 (qui est intéressant car il est américain et italien - sic -)... quant au "talent fou de gagman" de TH, ça me paraît pas franchement être ce qu'il y a de plus intéressant dans son cinéma...

Je voudrais aussi en profiter pour corriger une erreur commise au-dessus, "New Dragon Gate Inn" n'est pas réalisé par Tsui Hark(qui est producteur et scénariste) mais par Raymond Lee, du moins sur le papier.
JM
 

Re: Capital Hark

Messagepar Sword7 » Mer 21 Aoû 2013 02:31

Oui, ce texte est franchement pas terrible,du moins il ne me plaît pas beaucoup, mais merci de l'avoir posté quand même.
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Re: Capital Hark

Messagepar Sword7 » Jeu 26 Sep 2013 19:58

On attendait Tsui Hark avec son projet d'adaptation de Taking Tiger Mountain by Strategy, finalement il revient avec une suite de son Detective Dee. Ca ne me dit rien qui vaille...

Scénario, bande-annonce et dates de sortie à cette adresse.
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Messagepar Sword7 » Sam 12 Oct 2013 22:54

Sword7 a écrit:On attendait Tsui Hark avec son projet d'adaptation de Taking Tiger Mountain by Strategy, finalement il revient avec une suite de son Detective Dee. Ca ne me dit rien qui vaille...

Scénario, bande-annonce et dates de sortie à cette adresse.


Bon, voilà, je suis allé le voir cet après-midi, et cela a confirmé toutes mes craintes. Rappel de l'épisode précédent.

Tsui Hark est en roue libre au niveau du scénario, c'est complètement insipide et inintéressant (sorte de mélange foireux d'Agatha Christie et de la Belle et la Bête). Plus encore que le scénario, c'est le récit qui foire, TH se montrant de plus en plus incapable de doser le rythme et la longueur de ses séquences (le film n'en termine pas de finir, c'est insupportable). Il ne s'intéresse pas non plus à ses personnages, d'ailleurs contrairement au premier épisode qui posait assez finement en entrée le personnage de Di Ren Jie, celui-ci commence d'emblée par une énorme bataille navale en 3D avec un monstre marin. Le programme est établi : il s'agit de produire un film en 3D monstrueux capable de rivaliser avec la concurrence hollywoodienne. Triste programme.

Il faudrait se demander pourquoi la ''figure'' ennemie du parasite revient aussi souvent dans la série. Si le premier épisode donnait une image de DD assez parasitaire de l'empire, dans celui-ci il devient juste un petit soldat de l'Impératrice autoritaire jusqu'à la caricature (il arrive quand même à faire avaler de la pisse d'eunuque à l'Impératrice et toute sa cour, moment assez hallucinant), raison de plus d'avoir peu de sympathie pour cet épisode. Et ce d'autant que l'ennemi à combattre est une peuplade basée sur une île entre le Japon et la Chine qui souhaite conquérir l'empire du milieu. Autant dire que la source d'inspiration provient directement de l'actualité et qu'elle est très orientée,voire guidée par le gouvernement chinois. La grosse machine 3D sera idéologique, ou ne sera pas.
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Re: Capital Hark

Messagepar Sword7 » Mer 26 Fév 2014 17:38

Un élément "surnaturel" reste tout de même, s'accroche dans les mailles du script bien huilé et mené tambour battant : l'acuponcture capable de provoquer des métamorphoses du visage. Ce détail a son importance, tant le film est lié au visage, à la face, la façade. Le film s'ouvre sur cet avertissement qui est presque une imprécation : "Derrière sa façade apaisée, le danger menace la capitale", et se termine sur l'image de l'impératrice qui échappe de justesse à la chute sur son palais du visage détaché de la statue monumentale qu'elle a fait construire à son effigie devant celui-ci. [..]

Toutefois, dans Detective Dee, de même que l'empire prospère (la façade), la crasse et l'obscurité bénéficient d'importantes ressources numériques lorsqu'il s'agit de dépeindre la face cachée de l'empire, les bas-fonds : le "bazar fantôme" où l'enquête mène les protagonistes. Di Renjie fait tomber les masques, révèle les desseins mortels des dissidents, comme ceux de la gouvernance. Se cachaient bien derrière un royaume aux traits apparemment paisibles la tyrannie sanglante, ainsi que la fronde barbare. Le numérique, à l'image de ces fluctuations et coups de théâtre politiques, ne sert pas seulement ici à lisser les peaux des visages (de la double Shangguan Wan'er, en particulier), il permet également de provoquer, par morphings, des changements successifs et brutaux de traits, et ceci au service imprévu et extravagant d'une pratique ancestrale telle que l'acuponcture.


http://www.scienezma.com/DC/detective_dee

Si on remonte à 1994, à "The Lovers", on voit que les questions du maquillage, de la face, sont déjà présentes ensemble dans les films de Tsui Hark. Le maquillage est associé d'abord aux parents de Ying-tai, le père en particulier qui est ridicule avec sa manie de vouloir se maquiller pour faire bonne impression. Le maquillage est lié à des traits négatifs de la société : la "face", l'hypocrisie, la vanité...Le père le dit lui-même à la fin, il ne faut pas que le cortège nuptial de sa fille passe près de la sépulture de son amour afin que sa famille ne perde pas la face. Mais tout le maquillage qu'on tartine sur le visage de Ying-tai pour ses noces arrangées, pour cacher sa tristesse, est balayé par la pluie salvatrice finale.

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Il y a aussi une scène de maquillage en cours de film, entre les deux amoureux, à l'école. Celle-ci est au contraire portée par la naïveté, le jeu, la joie. Comme souvent chez Hark, il y a un endroit positif et un envers négatif aux choses. Les étoffes qui volent au vent montrent leurs deux faces. Ying-tai est d'abord très réticente à se prêter au jeu que lui propose le garçon, elle dit (logiquement) que cela lui rappelle la maison, son père. Et puis ils commencent à se maquiller mutuellement, et là les maquillages réciproques deviennent des signes révélateurs de la vérité de leur amour.
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Re: Capital Hark

Messagepar JM » Mer 26 Fév 2014 22:39

Merci Sword7, un post comme je les aime, avec de beaux photogrammes et du texte... pas de musique mais celle du film défile mentalement dans ma tête...

'Les papillons amoureux', je me souviens que ma copine m'avait dit qu'on entendait cette chanson dans un film de JZK, je ne me souviens plus duquel. C'était une scène sur un pont, je crois. Je vais devoir faire jouer mes souvenirs, au risque de pleurer, et si je retrouve je vous dirai.
JM
 

Re: Capital Hark

Messagepar Sword7 » Jeu 27 Fév 2014 08:15

Bonjour JM,

De rien ! ;)

Si tu retrouves pour le JZK, ça m'intéresse à l'occasion. Mais je ne voudrais pas te rappeler au passé enfoui, le cinéma se suffisant déjà largement à sa tâche.
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Re: Capital Hark

Messagepar JM » Jeu 27 Fév 2014 16:01

Sword7 a écrit:Bonjour JM,

De rien ! ;)

Si tu retrouves pour le JZK, ça m'intéresse à l'occasion. Mais je ne voudrais pas te rappeler au passé enfoui, le cinéma se suffisant déjà largement à sa tâche.


Je vais vérifier, mais a priori ça devrait être "24 City"...
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