De l'amertume (fuyant l'unanimité)

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De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar _ » Dim 23 Sep 2012 17:30

Hello,

Comme il est question de Lou Ye dans plusieurs textes du site (ici, ici, ici et ici), je pense qu'on peut ouvrir un topic spécial ici pour parler de ses (derniers) films. A mon avis, JM va faire un lien de ces textes vers ce topic dès qu'il le pourra... J'ai rassemblé le début de la discussion qui a commencé ailleurs :

Sword7 a écrit:Tu parles du dernier film de Lou Ye dans une de tes notes. J'ai lu en ligne un texte d'Azoury sur le film sur le site de Libe. Texte bizarre, je veux dire son style.. l'impression que son auteur vous crache un glaviot au visage lorsqu'on le lit, je suis pas certain que ce soit une bonne facon d'ecrire sur le cinema, ou d'ecrire tout court..je me figure qu'un type sous coco ou sous speed ecrirait a peu pres pareil..


_ a écrit:Un autre texte sur Love and Bruises, venant des independentelles. J'ai envie de dire que le mieux pour pleurnicher sur la chute ou la mort (artistique) d'un cinéaste c'est d'abord de prétendre de façon péremptoire qu'il aurait atteint des sommets auparavant. Ce qui, concernant Lou Ye, est totalement discutable à moins d'une idéalisation outrancière. "Suzhou River" n'est pas grand chose d'autre qu'un nième exercice de style assez prétentieux lorgnant, sans beaucoup d'inventivité, du côté de la nouvelle vague. "Purple Butterfly", même s'il est beaucoup plus écrit, souffre du même problème de rythme que "Suzhou River", se reposant trop sur son actrice principale. Quant à "Summer Palace", je ne comprends vraiment pas ce qu'on peut trouver d'intéressant à ce film. L'histoire intime glisse sur l'Histoire (opaque) comme un pet sur une toile cirée. Sa première incursion en Europe y est pétrie de clichés et de paresse à s'échapper de poncifs fatigués. "Spring Fever" (même s'il est toujours plombé par un récit décousu) est sans doute plus abouti, moins pacotille, et porté par une urgence à filmer.


_ a écrit:Regardé "Love and Bruises". Le film n'est pas complètement raté, loin de là. Il faut bien le regarder jusqu'à la fin car c'est là que quelque chose accroche profondément, je trouve. Ce quelque chose qu'on trouvait déjà dans "Spring Fever". Je vais essayer d'écrire un texte pour le site ... à l'occasion !


Notebad a écrit:Ah oui, tiens, ça m'étonne que tu aies aimé. D'habitude les films avec caméra qui filme à l'arraché, c'est pas trop ton truc il me semble...

Moi je n'ai pas aimé du tout. C'est sans doute plus lié à des questions de personnages que de cinéma proprement dit. J'ai pas été emballé par l'opposition prolo/intello (c'est d'ailleurs beaucoup plus cette opposition-là qui est présente que celle du "choc des cultures France-Chine", dont parle pendant un quart d'heure le type d'Independencia dans son papier. Les conflits entre les deux naissent essentiellement de ce clivage social et pas du tout parce que l'une est chinoise et l'autre français. La preuve : je suis sûr qu'on peut faire exactement le même film avec deux français ou deux chinois.), même si les deux sont censés se rejoindre et se retrouver dans le pieu. Ca me paraît un peu caricatural quand même, et aussi bien peu touchant. Donc si ça l'est pas, je reste à l'extérieur. Et un film d'1h45 qui a pour sujet principal une relation amoureuse dont on reste invariablement à l'extérieur, c'est un peu embêtant.

Ah oui, pas non plus apprécié cette longue et lourde citation du Mépris. Ce qui se jouait en regards, en gestes, en paroles, bref en finesse, dans l'original se transforme en une grosse bouillie bourrine et vulgaire chez Ye. Un vrai gâchis quoi.


Sword7 a écrit:J'ai été gêné, pour ma part, par l'espèce de reconstitution de Beijing (vraisemblablement en France) dans la dernière partie du film. Je peine à comprendre qu'un cinéaste expatrié à cause de la censure dans son pays puisse se contenter de ça. Pour faire allusion à une autre scène du film, il y a là pour le coup quelque chose de très "chinois". C'est à dire que le mec se garde bien de toute critique, d'ailleurs (ou : pour la bonne raison qu') il sait qu'il est attendu là-dessus. Même au niveau formel, il y a une sorte de déni de sa propre situation d'exilé dans cette fausse Chine jouée à Paris, comme si de rien n'était. Il en rajoute une couche en faisant passer les discours contestataires pour une sorte de bruit de fond, de brouhaha d'intellectuels, évidemment plus ou moins alimenté par des journalistes occidentaux (les scènes d'interviews et traductions en Chine).

Lorsqu'il est en Chine, ses films s'apparentent parfois à une forme de résistance, mais ces actes d'opposition doivent toujours prendre la forme de coïncidences (dues à la liberté qu'il se donne lui-même en tant qu'artiste, qui ne coïncide pas toujours avec celle que lui laisse la censure) et non d'une confrontation directe. Cette position est tout à fait intéressante et honorable (à l'opposé par exemple d'un Ang Lee qui vient uniquement en Chine dans le but de faire de la provocation gratuite - "Lust and Caution"). Cette fois, Lou Ye est en France : d'une part son film est quand même ici assez anodin, d'autre part il refuse coûte que coûte de nous apprendre quoi que ce soit sur la Chine qui l'a banni. Alors, à quoi bon ?


Chantal a écrit:
Sword7 a écrit:Lorsqu'il est en Chine, ses films s'apparentent parfois à une forme de résistance, mais ces actes d'opposition doivent toujours prendre la forme de coïncidences (dues à la liberté qu'il se donne lui-même en tant qu'artiste, qui ne coïncide pas toujours avec celle que lui laisse la censure) et non d'une confrontation directe. Cette position est tout à fait intéressante et honorable (à l'opposé par exemple d'un Ang Lee qui vient uniquement en Chine dans le but de faire de la provocation gratuite - "Lust and Caution"). Cette fois, Lou Ye est en France : d'une part son film est quand même ici assez anodin, d'autre part il refuse coûte que coûte de nous apprendre quoi que ce soit sur la Chine qui l'a banni. Alors, à quoi bon ?


J'ai bien l'impression que tu réponds toi même à ta dernière question Sword7 ! Lou Ye s'en tape, il fait juste le film qu'il a envie de faire, et se fiche éperdument de savoir s'il va nous apprendre quelque chose de critique sur la Chine ou nous choquer. Il veut juste pouvoir raconter ses histoires, nothing else. S'il faut passer par la France pour cela, bon, ok, d'accord, allons-y. C'est là que Notebad a raison à mon avis (Lou Ye fait le film qu'il aurait peut-être, à quelques modifications près, aussi bien pu tourner en Chine s'il n'avait pas subit une nouvelle interdiction après Spring Fever) et que le critique d'Independencia a plutôt tort (je pense pas qu'il réponde à une "commande" en faisant "du Lou Ye").
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Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar _ » Dim 23 Sep 2012 17:43

Avant de préciser certaines choses sur son dernier film, j'ajoute mes quelques notes sur "Spring Fever" car je doute d'avoir le temps de me lancer dans un texte les prochaines semaines ;) :

Film sans doute le plus abouti de Lou Ye. Le "thème" de ses autres films est joué ici sur le mode de l'amour masculin.

Scène du karaoké avec la fille qui continue à écouter la musique dans sa tête, le corps balance, et elle fredonne encore alors que le disque est terminé. C'est tout à fait l'image de l'amour dans les films de Lou Ye. Une petite musique, un petit air tendre et/ou tenace qui est toujours interrompu par quelque chose (drame), et l'air continue de jouer dans la tête de ceux qui restent : mélancolie. C'est dans ce film que la mélancolie se fait le plus ressentir, le plus réellement, sans artifice, dans les plans de nuit en particulier : impression de gueule de bois.

Traitement particulier de la musique, mélange entre sons directs et bande-son qui vient parfois doubler le son direct, couche supplémentaire de sentiments.

La fin est intéressante, on a presque l'impression que les images du chat crevé, trouvé là par hasard, sont à l'origine du prolongement du scénario et de l'attaque de la femme du suicidé sur le gars, l'improvisation fonctionne car son origine serait réelle.

Comme chez Pasolini la puissance du personnage principal fait exploser le cadre de vie de ceux qui s'en approchent. Pour autant il n'est plus du tout question de classes comme à l'époque de Pasolini, ceci n'intéresse pas Lou Ye qui reste concentré comme toujours sur ses drames amoureux, individuels. Mais le film épouse quand même une forme de résistance dans son enregistrement clandestin (plus que les reconstituions à la "Purple Butterfly"), face aux interdictions du régime. Dans ses personnages aussi, qui sont à vif, en lutte avec la vie, et que l'amour isole loin de la société (trio marginal sur le bateau).

Belles scènes de sexe entre garçons : qui fait quoi ? Lou Ye a la bonne idée d'évacuer dès le début du film ce passage obligé, en y allant franchement mais sans négligence, pour ensuite se concentrer plus sur les sentiments.
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Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar JM » Dim 23 Sep 2012 21:35

Bonne initiative _ !

Je m'occupe des liens dès que j'ai un peu de temps ;)
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Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar JM » Lun 24 Sep 2012 20:09

C'est fait !

Peut-être qu'on en parle plus qu'un JZK par ici parce que Lou Ye a gardé un certain nihilisme de sa "jeunesse", tandis que le second c'est peu à peu transformé en une espèce d'optimiste béat et bêta (et lambda par la même occasion). La divergence de leur parcours ces dernières années parle pour eux, en deçà de leurs oeuvres respectives (à intérêt inversement proportionnel, selon moi).
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Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar _ » Mar 25 Sep 2012 22:16

Salut JM, un grand merci !

Je continue sur Love and Bruise :

Malgré ses défauts (vous en parlez au-dessus avec justesse), le film parvient à sauver sur la fin ce sentiment essentiel qu'est l'amertume de la rupture amoureuse. On trouvait déjà cette amertume dans Spring Fever qui était aussi très noir. Les deux scènes qui achèvent le film sont les plus belles, elles ne pourraient pas exister sans une certaines lourdeurs répétitives en amont. C'est seulement lorsque Hua et Mathieu se retrouvent brièvement, que leurs corps ne parviennent plus à jouir ensemble, que l'on réalise dans ce détraquement l'intensité de leur union passée. Bien plus que lors des scènes d'ébats sexuels très explicites qui jalonnent le film. Scènes toutefois nécessaires, prises dans le présent de la relation, sans recul. Ce qui paraissait anodin, longuet, superficiel à certains, glauque à d'autres, se trouve être un puissant amour qui nous est cruellement révélé seulement une fois consumé. Hua, dans le dernier plan du film, n'est sans doute pas tant clivée par ses deux relations amoureuses que libre durant quelques instants. Elle semble plutôt profiter d'une brève pause dans sa vie avant de repartir (on ne sait pas où).

Différence entre Matthieu dont elle ne connaît rien (la scène où elle regarde ses photos d'enfance en pleurant), et son ami chinois avec qui elle partage visiblement des souvenir anciens (il pleure en lui racontant le souvenir commun du collier de perles acheté lors d'une visite à un temple et en lui expliquant comme elle lui a manqué tout le temps où elle était en France). Au lieu d'être social, ou même culturel, l'enjeu des relations amoureuses de Hua ne serait-il pas plutôt d'ordre temporel ? Ce qui serait sans aucun doute nettement plus intéressant.
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Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar JM » Lun 22 Oct 2012 10:53

Salle de concert alternative du centre de Pékin attenante à la demeure d'un ancien seigneur de guerre, Yugong Yishan est l'endroit tout trouvé pour fêter la sortie en Chine du premier film de Lou Ye en dix ans : en pantalon et chemise noirs, le cheveu ras et toujours cet air d'éternel ado fasciné par le rock, le réalisateur se fond dans la petite foule de journalistes et d'amis venus ce lundi 15 octobre pour l'avant-première.

Sur scène, le groupe Zhao Ze joue l'un des morceaux qui hantent Fucheng mishi, ou Mystery, présenté à Cannes en mai, et sur les écrans chinois dès le 19 octobre. Ce triangle amoureux qui tourne à la tragédie dans les paysages de bruine de Wuhan, tiré du témoignage en ligne d'une femme trompée qui fit grand bruit en 2009, est le septième long-métrage de Lou Ye. Et le seul, avec Purple Butterfly en 2003, à avoir finalement été autorisé dans son propre pays. Ou presque : après une nouvelle épreuve de force avec la censure - au final, 3 secondes et 23 images ont dû disparaître dans un fondu au noir -, Lou Ye a choisi de ne pas mettre son nom au générique. La partie adverse n'en est pas sortie indemne : le réalisateur a retranscrit en live ses échanges avec les censeurs sur Weibo, le "Twitter" chinois, suscitant une vague de soutiens.

Le retour en Chine de l'enfant terrible du cinéma chinois, après cinq ans d'interdiction de tournage dans son propre pays pour avoir montré à Cannes sans autorisation Une jeunesse chinoise en 2006, ne pouvait pas ne pas faire de vagues. Lou Ye n'y est pour rien : à Cannes, où Mystery fut projeté dans la section Un certain regard, avec l'agrément et le logo du SARFT (State Administration of Radio, Film & Television, l'administration de tutelle de l'audiovisuel chinois), le réalisateur avait dit en plaisantant que le film avait toutes les autorisations pour sortir en Chine "à moins d'un changement de dernière minute". "C'était une blague, dit-il, je n'ai jamais pensé que ça pouvait arriver."

UN FILM FLUIDE, BEAU ET VIOLENT

Le scénario, puis la version cannoise de Mystery furent le fruit de négociations intenses avec les autorités de tutelle, explique Nai An, la productrice chinoise de la plupart des films de Lou Ye : "Il y a eu un énorme travail d'explication et de communication. Nous y étions préparés, nous savions qu'ils voulaient être très prudents avec ce film."

Mystery est un film fluide, beau et violent, dans les émotions qu'il manie et les scènes qui s'y déroulent. Il est l'écho de quelques-uns des dérèglements de la Chine d'aujourd'hui - la corruption, l'argent, le flottement de la moralité. Et pourtant, on pourrait, aussi, "se croire chez des bobos au Massachusetts", dit la coproductrice française Kristina Larsen, des Films du lendemain. En l'absence de catégorisation des films en Chine, Lou Ye, explique-t-elle, savait des concessions nécessaires pour la version chinoise. Ainsi, un carton, au générique de fin, précise que les deux protagonistes impliqués dans le crime seront arrêtés par la police. A Cannes, la fin était ouverte.

C'est le 8 septembre, la veille de la conférence de presse, que Lou Ye est informé par le Bureau municipal du film de Pékin que le long-métrage "ne peut être une coproduction". Et que deux scènes (l'une de violence sexuelle, l'autre d'homicide) doivent être coupées. "C'était un ordre, sans cohérence avec les décisions déjà prises. II n'y avait plus de discussion possible, Lou Ye a donc décidé de rendre publics les échanges", explique Nai An. Le cinéaste mettra en ligne sur le Weibo une vingtaine d'échanges sous formes de messages et de scans. "J'accepte d'être un réalisateur qui travaille à l'ère de la censure. Je souhaite simplement un dialogue, et pas une confrontation", écrit-il le 15 septembre.

La presse s'en fait l'écho, des intellectuels et des réalisateurs applaudissent. Le conflit a lieu avec le Bureau municipal du film de Pékin, le "guichet" administratif par lequel est passée la production. Le SARFT, qui a en principe autorité sur la structure municipale, pousse à la conciliation. Dans l'impossibilité de couper les scènes alors que le mixage est terminé, des fondus au noir sont rajoutés.

La remise en cause de la coproduction côté chinois, alors qu'elle était acquise de principe - et a été notifiée aux producteurs chinois et français, affirment ceux-ci - est lourde de conséquences pour les diverses aides du CNC attachées au film en tant que production minoritaire française. La procédure qui régit l'accord de coproduction franco-chinois signé en 2010 est complexe : la China Film Co-Production Corporation, l'organisme habilité à traiter des coproductions, a bien donné un avis favorable, mais selon une source interne, elle n'a pas reçu l'accord final du SARFT. Et n'a donc par encore saisi le CNC. La procédure est en cours.

"Revenir sur cette position trois semaines avant la sortie, c'est mettre en danger toute l'économie du film. Cela fragilise le producteur et le distributeur en France et en Chine", déplore Kristina Larsen. Mystery, ou les mystères de la censure chinoise...


http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/10/19/les-meandres-de-la-censure-chinoise_1778205_3246.html
JM
 

Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar _ » Lun 22 Oct 2012 15:45

Mystery est un film fluide, beau et violent, dans les émotions qu'il manie et les scènes qui s'y déroulent. Il est l'écho de quelques-uns des dérèglements de la Chine d'aujourd'hui - la corruption, l'argent, le flottement de la moralité. Et pourtant, on pourrait, aussi, "se croire chez des bobos au Massachusetts", dit la coproductrice française Kristina Larsen, des Films du lendemain.


C'est charmant ! Ca me rappelle le critique de Chronic'art (cet imbécile de Tessé, of course) qui se plaignait il y a quelques années dans un texte qu'il y avait trop de films chinois avec des pauvres et qui avait envie maintenant de voir des films avec la classe moyenne pour renouveler les façons de se divertir :

Une Famille chinoise
Plusieurs choses retiennent l'attention dans ce film de Wang Xiaoshuai (So close to paradise, Shanghai dreams…), qui se présente a priori (se méfier des a priori) comme un mélo à la Zhang Yimou, avec jolie p'tite nenfant très malade et mère courage sur un lit de constat social sur les malheurs de la Chine. En premier lieu parce que l'argument mélodramatique lui-même tire sa consistance de son imbrication dans le contexte social et politique du pays. Et ce de deux façons. D'abord par le pitch, que voici : on diagnostique à la petite Hehe une leucémie ; face à l'échec des traitements, une seule solution s'impose : faire un « bébé-médicament », autrement dit un frère ou une soeur pour Héhé, et par la même occasion un donneur compatible de moelle osseuse ; or d'une part ses parents sont divorcés, et chacun a refait sa vie, d'autre part la politique de l'enfant unique toujours en vigueur interdira à celui des deux couples reformés qui reconnaîtra l'enfant d'en avoir par la suite un autre. Vous voyez le problème. Ensuite par l'inscription sociale du récit. Les personnages (chef de chantier, hôtesse de l'air, agent immobilier…) appartiennent à cette classe moyenne chinoise que l'on voit assez peu au cinéma, les réalisateurs de la nouvelle génération s'intéressant davantage aux classes pauvres.

http://www.chronicart.com/cinema/chronique.php?id=11181

Trouvé ça aussi sur le site du Monde :

http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/video/2012/05/19/lou-ye-grace-a-la-censure-j-ai-fait-deux-films-au-lieu-d-un_1704241_766360.html

Cela décrira bien, je pense, la volonté typiquement chinoise de ne surtout jamais critiquer frontalement la censure dont on parlait au-dessus, quitte à passer par l'ironie pour évoquer la question. Il faut faire avec, si possible dialoguer avec elle. On comprend que ce genre de regard porté sur celle-ci puisse presque choquer les occidentaux tant son existence comme telle semble être un élément incontestable, juste à discuter, au cas par cas, si possible...
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Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar casseur » Mar 23 Oct 2012 16:59

_ a écrit:Cela décrira bien, je pense, la volonté typiquement chinoise de ne surtout jamais critiquer frontalement la censure dont on parlait au-dessus, quitte à passer par l'ironie pour évoquer la question. Il faut faire avec, si possible dialoguer avec elle. On comprend que ce genre de regard porté sur celle-ci puisse presque choquer les occidentaux tant son existence comme telle semble être un élément incontestable, juste à discuter, au cas par cas, si possible...



Ah bon, en tout cas quand on voit l'état de la contestation politique artistique en France, on est en droit de se demander si elle ne travaillerait pas aussi en pays où règne la censure. En fait, je dirais même que la fin du cinéma militant et le règne actuel de la contestation soft font que l'on ne distingue aujourd'hui quasiment aucune différence entre un film français ou un film chinois. La manière est la même, il faut biaiser pour éviter de parler des choses qui fâchent. et qui ne rentrent pas dans le cadre d'un consensus mou. Je me souviens par exemple de ces cent personnes qui avaient la possibilité de s'exprimer avec une caméra avant les précédentes élections présidentielles. Dans la majeur partie des cas, il s'agissait d'esquiver la question, d'être évasif, de ne pas traiter du sujet directement ou même indirectement, en gros de ne surtout ni se mouiller, ni attaquer le système en place frontalement (soit exactement ce que dit Lou Ye).

Plus globalement il faut voir comme, depuis que Sarkozy a été dégagé, tout le monde à gauche est redevenu sage et désintéressé par les questions de politique de l'état. Le cas, parmi d'autres (l'intérieur, les affaires étrangères...), des "réformes" de l'éducation d'Hollande est quand même un régal qui passe comme une lettre à la poste. Si son prédécesseur avait la folie du changement pour le changement, Hollande et son équipe sont en train de nous montrer comment "tout changer pour qu'absolument rien ne change (pour revenir au plus vite en arrière)". On se demande un peu lequel des deux gouvernements est le plus réac. Et surtout, on voit déjà comment tout cela va finir.
casseur
 

Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar JM » Jeu 25 Oct 2012 15:50

casseur a écrit:Ah bon, en tout cas quand on voit l'état de la contestation politique artistique en France, on est en droit de se demander si elle ne travaillerait pas aussi en pays où règne la censure. En fait, je dirais même que la fin du cinéma militant et le règne actuel de la contestation soft font que l'on ne distingue aujourd'hui quasiment aucune différence entre un film français ou un film chinois. La manière est la même, il faut biaiser pour éviter de parler des choses qui fâchent. et qui ne rentrent pas dans le cadre d'un consensus mou. Je me souviens par exemple de ces cent personnes qui avaient la possibilité de s'exprimer avec une caméra avant les précédentes élections présidentielles. Dans la majeur partie des cas, il s'agissait d'esquiver la question, d'être évasif, de ne pas traiter du sujet directement ou même indirectement, en gros de ne surtout ni se mouiller, ni attaquer le système en place frontalement (soit exactement ce que dit Lou Ye).


C'est devenu le nec plus ultra chez les gauchistes vivants en démocratie capitaliste que de snober celle-ci (dans le même mouvement qu'ils lui vouent un culte secret), car on vit tout aussi bien en l'ignorant et en se réclamant d'une certaine forme de politique individuelle (concept qui serait assez flou s'il n'avait quand même quelques fondements philosophiques assez forts du côté de l'individualisme) rassurante, comme les populations sous régimes dictatoriaux vivent très bien dans ces régimes pour peu qu'elles ne cherchent pas à contester et s'occuper des affaires de politique politicienne autrement que par intérêt. Chacun fait ses affaires dans son coin, d'où le fait que la confrontation (qui n'est plus souhaitable) n'existe plus.
JM
 

Re: De l'amertume (fuyant l'unanimité)

Messagepar Sword7 » Lun 29 Oct 2012 15:50

Salut,

Je suis allé voir le nouveau film de Lou Ye ce week-end, et je comprends ce que veux dire la coproductrice française. Il s'agit en gros d'une histoire d'adultère petite-bourgeoise qui tourne au drame. C'est du théâtre filmé en gros plan (voire très gros plan), avec toujours la prédominance du gris et une certaine complaisance pour l'affliction (horrible scène de l'accident-meurtre de la femme sur l'autoroute, à tous les sens du terme). Le film est assez bancal, peu de choses le soutiennent et le justifient, donc il y a nécessité d'y ajouter un suspense policier (digne d'un épisode de Derrick) pour capter l'attention. Le procédé est assez grossier. C'est toujours le problème de ses films, le côté freestyle de l'écriture (qui à de rares occasions peut passer très bien comme le dit _ de "Spring Fever") est souvent artificiel et ne prend pas, c'est pourquoi j'aime pas trop les premiers qu'il a fait. Sa manière de faire est toujours à quitte ou double.

Je me demandais si on avait déjà vu un personnage rire ou sourire dans un film de Lou Ye ? Sûrement, mais j'ai oublié...
Sword7
 

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