Bernie (Linklater à son moins bon)

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Bernie (Linklater à son moins bon)

Messagepar _ » Lun 1 Oct 2012 18:43

Bernie est sans doute l'un des moins bons films de Richard Linklater (constat décevant pour l'un des rares cinéastes étasuniens qui compte encore aujourd'hui, et injustement boudé par les distributeurs français par le passé). On peut reprocher à son film d'être, contrairement à son personnage principal, totalement inoffensif et lisse. Il ne "craque" jamais. Linklater ne trouve pas le rythme ou le ton qui lui permette d'être corrosif (sur un sujet qui s'y prête). Il déroule tranquillement son scénario de fait divers, croquant mollement au passage une petite bourgade du Texas, sans que rien ne retienne vraiment l'attention.

Une scène ou deux laissent envisager ce qu'aurait pu être le film s'il avait été plus insidieux et moins respectueux de son personnage principal (le vrai Bernie ayant apparemment "participé" au film et "conseillé" Jack Black du parloir de la prison où il est incarcéré, ce qui peut constituer une raison valable de la marge de manœuvre restreinte de Linklater vis-à-vis du personnage).

Il y a, d'abord, l'inquiétant passage en prison où Bernie paraît continuer sur sa lancée philanthropique comme si rien n'avait changé, comme si son don de soi était engendré par une sorte de mécanique folle, imperméable au monde. Un ange «ivre» de bonnes actions, dont l'imperturbable bonhomie, quasiment inhumaine, en vient à provoquer le dégoût. Il est très probable que Linklater est piégé par le fait que Bernie justifie certainement son attitude comme guidée par Dieu, même si cela reste au niveau de la suggestion (ironique ?) dans le film, et qu'il n'est pas en mesure de fendre plus avant cette "logique" absolument réactive (et si Linklater avait la prétention de parler également de la politique des USA sur le plan international avec son Bernie ? Cette politique de croisade, du bon samaritain toujours prêt à "aider" ici ou là, tout en commettant des bavures vite oubliées et pardonnées au nom des pseudo "bonnes actions" commises).

Il y a aussi ce dernier plan dans lequel on voit Bernie s'en aller sautillant dans sa cellule, derrière ses gardiens. Comme hermétique encore à sa condition de prisonnier.

On verrait bien le Scorsese de King of Comedy et After Hours adapter ce fait divers, y injecter quelque chose qui détraque la mécanique du personnage, qui le rende pathétique (devant Dieu ou les hommes) sans pour autant s'en moquer ou l'humilier (ce que font trop souvent les Coen de ces 15 dernières années). Une certaine nervosité derrière la caméra qui atteste du rendez-vous qu'avait le cinéaste avec son personnage. Avec Linklater, le clown Jack Black est un peu trop bien dans ses baskets. Quant à ceux qui l'entourent , ils sont, pour ainsi dire, quasiment tous absents, éclipsés par son numéro. La piste brechtienne était également envisageable (voir Dogville de LVT par exemple), même s'il est de bon ton de la prétendre aujourd'hui périmée…
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Re: Bernie (Linklater à son moins bon)

Messagepar JM » Sam 25 Juin 2016 08:41

Ben ma foi son nouveau film, "Everybody wants some!!", est aussi très très mauvais... Un teen-movie sauce vintage (avec moustaches, moumoutes et batterie de tubes disco des années 70) complètement insipide et ras des pâquerettes, comme il en existe déjà des centaines... c'est jamais drôle (on se demande même si ça a l'intention de l'être ?) et ça dure quasiment 2h...

La séquence dans la salle d'arcade est à l'image du reste du film, une sorte de long catalogue clin d'oeil qui enquille les différentes attractions de l'époque, c'est aussi palpitant à regarder que la visite d'un musée...

Je me demande comment ce film très calibré pour le public US a pu atterrir dans les salles françaises, alors que "Bernie" ou son film sur Welles ne sont jamais sortis en salle ici... les mystères de la diffusion...
JM
 


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