subversion de la mémoire ?

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subversion de la mémoire ?

Messagepar Notebad » Ven 28 Avr 2017 08:12

Je viens de lire le bouquin d'Amos Vogel ressorti chez Capricci récemment. C'est une bonne idée de remettre à disposition ce livre (surtout à une époque où pas mal des films dont il parle sont accessibles à tous sur youtube ou autre), mais il me semble qu'il y a des erreurs importantes, j'en ai déjà relevé deux ou trois dans les résumés des films que j'ai vus. Je ne sais pas s'il s'agit d'erreurs de Vogel qui parle avec le souvenir vague des films qu'il a vus, ou si ce sont des problèmes (dans ce cas assez graves) de traduction.

Par exemple, le très long travelling latéral sur un embouteillage du début de "Week-end" de Godard devient un panoramique ?!

Sont loués dans "Variete" de Ewald André Dupont les mouvements incessants de la caméra mobile du célèbre chef opérateur Karl Freund, alors que le film est essentiellement composé de plans fixes (ou alors il s'agit des différentes échelles de plan utilisées pour se mettre effectivement dans la peau des différents personnages, mais ça n'est pas très clair, comme c'est écrit on a l'impression qu'il s'agit de plans séquences) !?

Il y a également plusieurs boulettes au niveau des légendes des photos qui ne correspondent pas avec les photos...

Il y a un sujet que Vogel évite très soigneusement, c'est celui de la pédophilie. Par contre c'est sans doute l'un des premiers à voir dès le début des années 70 ce que deviennent les auteurs subversifs lorsqu'ils basculent dans le conformisme (il dénonce déjà la complaisance de Bertolucci ou Kubrick).
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Re: subversion de la mémoire ?

Messagepar Notebad » Jeu 1 Fév 2018 22:19

Notebad a écrit:Par exemple, le très long travelling latéral sur un embouteillage du début de "Week-end" de Godard devient un panoramique ?!


J'ai revu "Week-end" récemment, la fameuse séquence du bouchon est en fait filmé en travelling panoté, donc Vogel et moi avions en partie raison et en partie tort.

Je crois avoir jamais lu que le final horrifique dans la forêt avec les guérrilléros qui bouffent les touristes étrangers et le mari de la femme annonce le nouveau cinéma d'horreur américain, reflet des névroses accompagnant la société de consommation : "Night of the kiving dead" de Romero en 68, ou "The Texas Chain Saw Massacre" d'Hopper en 74. Pourrait-on voir cette fin du film de Godard comme une matrice d'inspiration surprenante pour ce type de cinéma américain qui, derrière l'horreur, contient une charge contre le modèle de la société de consommation (ce qui ne me semble pas vraiment être le cas du cinéma d'horreur italien de la même époque ou antérieur - Argento, Bava...) ?
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Re: subversion de la mémoire ?

Messagepar Roland » Ven 2 Fév 2018 05:10

Ta question semble demander si Godard s'est inspiré des films de zombies ou si c'est les films de zombies qui ont inspiré Jean-Luc. A mon avis, c'est plutôt un air du temps et le développement de la société de consommation qui a fait que des cinéastes qui n'avaient probablement pas regardés les films de leurs confrères, se sont rejoints inconsciemment sur des thèmes, par exemple que la déshumanisation était à l'oeuvre dans la société. Chacun avec ses moyens spécifiques et son langage visuel.
Pour les cinéastes de genre, c'est assez curieux, car ils touchent parfois presque sans le savoir, avec toute la vertu de l'ignorance à des points très importants, sans forcément pouvoir expliquer leurs visions autrement que sous la forme hallucinatoire de la bande-dessinée ou du comic book.

Après pour Massacre à la tronçonneuse, je ne suis pas certain qu'Hopper ait jamais su ce qu'il faisait. A voir le reste de son "oeuvre", je suis même presque persuadé du contraire. Il me semble qu'il a eu une sorte d'éclair de génie psychédélique, en phase avec son époque, mais qu'il n'avait aucune dimension critique dans son travail qui était pure jouissance perverse.
Quant à Argento, si je peux me permettre, je n'ai jamais vu aucune dimension politique à son travail, qui est avant tout une esthétique du baroque, ou une sorte de classicisme bizarre.
donc, je suis plutôt pour compartimenter les genres, chacun dans sa bulle, et parfois des surgissements...
Roland
 

Re: subversion de la mémoire ?

Messagepar Notebad » Ven 2 Fév 2018 16:17

Roland a écrit:Ta question semble demander si Godard s'est inspiré des films de zombies ou si c'est les films de zombies qui ont inspiré Jean-Luc. A mon avis, c'est plutôt un air du temps et le développement de la société de consommation qui a fait que des cinéastes qui n'avaient probablement pas regardés les films de leurs confrères, se sont rejoints inconsciemment sur des thèmes, par exemple que la déshumanisation était à l'oeuvre dans la société. Chacun avec ses moyens spécifiques et son langage visuel.


S'il y a eu inspiration c'est forcément dans le sens JLG -> ciné américain je pense, étant donné les dates. Mais je crois que tu as raison, ces affinités sont sans doute plus probablement liées aux idées subversives qui étaient dans l'air à ce moment-là, aussi bien en France qu'aux USA.

Pour les cinéastes de genre, c'est assez curieux, car ils touchent parfois presque sans le savoir, avec toute la vertu de l'ignorance à des points très importants, sans forcément pouvoir expliquer leurs visions autrement que sous la forme hallucinatoire de la bande-dessinée ou du comic book.

Après pour Massacre à la tronçonneuse, je ne suis pas certain qu'Hopper ait jamais su ce qu'il faisait. A voir le reste de son "oeuvre", je suis même presque persuadé du contraire. Il me semble qu'il a eu une sorte d'éclair de génie psychédélique, en phase avec son époque, mais qu'il n'avait aucune dimension critique dans son travail qui était pure jouissance perverse.
Quant à Argento, si je peux me permettre, je n'ai jamais vu aucune dimension politique à son travail, qui est avant tout une esthétique du baroque, ou une sorte de classicisme bizarre.
donc, je suis plutôt pour compartimenter les genres, chacun dans sa bulle, et parfois des surgissements...


Pour Argento on est d'accord,je le mettais justement dans les cinéastes dont le cinéma d'horreur n'a pas vraiment de dimension politique.

Pour le film d'Hopper, par contre, je le vois comme un film d'avant-garde pro-végétariens, c'est une famille de tueurs de bétail dégénérée et le début du film explique assez précisément les changements et la massification qui ont lieu à l'époque dans la filière de l'abattage industriel (faudrait que je le revoie pour préciser mon propos) ! :mrgreen: Il n'y a pas un des fils qui revient du Vietnam ou de l'armée aussi, celui qui monte dans le bus au début ? On trouve sur la page Wiki du film des propos du cinéaste qui vont clairement dans le sens d'une métaphore cinglante et macabre de la société de l'époque.
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